mercredi 7 août 2019

Le fil rouge aux pages blanches

"Bonjour à tous, je suis l'auteur de ce carnet je-"

Il referma le livre, l'examina entre ses grandes mains calleuses, les pages étaient jaunies et la couverture tâchée d'eau. Il rajusta ses lunettes et rouvrit au milieu.
"Je ne savais pas que cet épisode en particulier aurait-"

Le grand homme regarda autour, la librairie déserte ne s’embarrassait même pas de vendeur. Il mit sa main à sa poche et en sortit de quoi payer, avant de verser les quelques pièces dans une boîte en carton. Dehors, une bruine tombait en petits bouts de fils transparents. Il posa son chapeau sur sa tête et le petit livre dans sa poche de manteau. La ville somnolait encore, le soleil semblait ne pas vouloir se réveiller. Une sombre nuance grise faisait écho aux visages nimbés de sommeil et une harmonie silencieuse, mélancolique, traversait les rues. Dans le centre-ville, même les cafés n'avaient fait que commencer à se remplir, les salariés, les ouvriers, y venaient comme à leur habitude boire quelque chose de chaud avant de se presser vers leurs lieux de travail, pleins de liquide amer.

La lumière orange et poisseuse alourdissait l'humeur et enlaidissait un peu plus le café-bistrot choisit. Des affiches d'anciens films, des dessous de verre, étaient accrochés partout sur les murs. L'homme prit une table à une fenêtre, personne sur la terrasse, il sortit son paquet de cigarette et le rentra immédiatement. Il soupira pour la première fois aujourd'hui et sa curiosité le poussa vers le livre.

Il n'y avait pas de titre, seulement une couverture rouge unie, l'écriture à l'intérieur y était manuscrite et fleurissait le papier de grandes arabesques.

" Il était tard le soir, je rentrais de ma partie. La rue baignait dans la vision nocturne que partageaient gracieusement les lampes aux grandes pattes. Je fis flotter mes pas jusqu'à cette source de lumière blanche, l'épicerie qui semblait ne jamais fermer. Mon portable indiquait qu'il était pile une heure du matin et j'aimais savoir que des gens travaillaient encore à cette heure à éclairer cette rue vide."

Le serveur arriva avec le café au lait qu'avait commandé l'homme, qui le but avec méfiance, il ne savait jamais comment réagir avec les cafés au lait que faisaient les autres. Pour cette fois il n'eut rien à redire et l'homme put reprendre sa lecture.

"Les étales en dehors voilées par l'obscurité, laissent à la vue de tous des fruits et légumes un peu abîmés. Une pomme parmi les autres me regarda, ses reflets cramoisis semblaient vouloir me dire qu'elle savait en valoir la peine, mais la méritais-je ? Oui, sûrement. Elle ne semblait pas en être si sûre. Je me mis à argumenter, parler de mes compétences, de mon enthousiasme et de ma volonté de bien faire. Cette conversation dans ma tête dura un moment, un moment passé à me tenir silencieux devant des fruits.

Je m'imaginais déjà, l'acidulée de sa chair rencontrer ma langue et activer la production de la salive. Le jus s'extraire sous la pression de mes dents et l'acidité devenir douceur alors que cet hybride de croquant et de fondant se mettrait à fondre. A la deuxième bouchée, une nouvelle vague d'acidité se mêlerait à la première devenue plus douce et les parfums des longs mois passés à absorber l'essence de la terre, se libéreraient en une saveur végétale qui se rapprocherait de la saveur minérale. Le même plaisir que les racines eurent à digérer l'humus et les feuilles à s'abreuver de la lumière du jour feraient écho aux décharges agréables envoyés par mes papilles.
La terre, le soleil, l'air inspiré par l'arbre et les mois mis à fabriquer un milieu fertile pour ses graines, tout se mélangerait en une explosion évocatrice d'un instant seulement. Puis les enzymes de la salive s'activeraient à découper le sucre pour m'en faire profiter et faire fonctionner mon corps, en très peu cette nouvelle énergie se mettrait à couler dans mes veines. Ensuite, viendrait la troisième bouchée, mon appétit s'éveillerait de cette journée à jeun et se mettrait à vouloir dévorer les calories ou joules facilement absorbables.

Je pris la pomme, elle était chère surtout qu'elle était seule, mais la culpabilité ne me serra pas trop le cœur, je l'effaçais avec un sourire tout en marchant. Dans mon petit appartement que j'avais fini par ranger la veille, traînait encore de la vaisselle sale et des livres un peu partout. Du placard je sortis une assiette blanche aux bords bleus, je me mis à découper la pomme en quartiers et éplucher ces derniers. L'habitude aurait voulu que je la mange entièrement, trognon et pépins compris, oui je sais, c'est bizarre. Ce matin, je voulais prendre mon temps néanmoins. Après les avoir épluchés, je pris les quartiers et avec précaution, je me mis à les diviser encore plus finement. Lorsque toutes les tranches furent faites, les épluchures rejoignirent ma poubelle, qui était en fait juste un sac qui traînait par terre et me jugeait.

Enfin, ma fourchette en main, je me retrouvais dehors de nouveau, mon sac sur le dos, mes chaussures à mes pieds, dans la rue. Dans ma main il y avait bien ma fourchette en effet, et j'étais bien en dehors de mon appartement. Je n'étais pas sorti. Je n'avais pas enfilé mes vêtements. Sur mon portable, il était une heure du matin pile. Je n'étais pas dans un rêve, j'en étais certain. Alors je me mis à penser sans un mot. Je ne savais pas ce qu'il venait de se passer. J'avais peur de perdre l'esprit comme je le craignais depuis longtemps. Sans attendre je dis bonjour au gérant et lui posai une question à laquelle il répondit par la négative.

Je n'étais pas venu acheter une pomme il y a cinq minutes, non. 

J'en pris une, ou en repris une, et me dirigeai vers mon appartement, aucune assiette ne trônait sur ma table. Mais. Mais quelque chose avait bien changé, j'étais sûr du nombre de fourchettes que j'avais, deux. C'était facile. Mais. Mais il y en avait maintenant trois, une sur la table, une dans ma boîte à couverts et une dans ma main. Je ne suis pas un spécialiste en vaisselle, mais les mêmes marques et les mêmes chiffres se dessinaient sur celle de la table et celle dans ma main.

Alors que je pensais avoir au moins gagné une nouvelle fourchette dans cette affaire, celle de ma main disparut."

L'homme en noir referma le livre de nouveau. Cela ne faisait pas vraiment de sens. Le carnet semblait vieux et vieillis mais les évènements étaient modernes. Le style utilisé d'autant plus. Il y avait la présence d'un téléphone portable, mais au final, rien ne permettait non plus de dire à quel point le carnet était vieux et quand avait été écrit l'histoire dedans. C'était assez bizarre pour qu'on se pose la question mais pas assez pour y consacrer plus de temps que ça.

— Bonjour. 

— Ah, bonjour.

— Je suis en retard on dirait.

L'arrivant sortit son portable de sa poche avant de le ranger et sourire nerveusement.

— Excusez-moi, qu'est-ce que vous lisez ?

L'homme posa le livre sur le côté pour regarder cette jeune personne en retard et bien curieuse.

— Un livre étonnant, en lien avec ce que vous allez me raconter. Il faudra que vous le lisiez après notre conversation.

— Bien sûr, pas de problème.

— Donc pour recentrer les choses, vous m'avez contacté car vous avez vécu une expérience que l'on pourrait qualifier d'extraordinaire.

— Exact, une... sorte d'anomalie temporelle. Comment le dire sans être ridicule ? J'ai voyagé d'une certaine manière...

— Dans le temps.

— Voilà.

L'homme en noir hoche la tête et sort son dictaphone, il le place sur la table.

— Vous allez tout me raconter du début.

— D'accord.

Le jeune homme commença par se présenter et décrire sa vie avant le phénomène. C'était un étudiant qui travaillait à mi-temps et qui rentrait le soir, il est allé acheter quelque chose dans un magasin, est rentré chez lui, puis a découvert qu'il était revenu à son point de départ d'il y a cinq minutes. L'homme en noir fait la moue, il éteint le dictaphone et le range dans son manteau. Le serveur revient le voir, l'homme commande un café au lait de nouveau et l'interviewé un chocolat. Il lui tend le carnet et le jeune homme l'accepte, interrogatif. Pendant une minute il lit, d'abord le début, puis le referme de suite. 

Il ouvre la bouche comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose et finalement ne dit rien. Il le redonne à l'homme en noir et fouille dans son sac.

— J'ai justement acheté ça aujourd'hui.

Un petit carnet rouge, tout simple, semblable à celui de l'homme noir trône entre les mains de l'interviewé. L'homme prend l'exemplaire du jeune homme, l'ouvre, il est encore vide et il sent le neuf.

— Ce sont les mêmes. J'ai acheté ce livre dans une librairie plus tôt, c'est votre écriture ?

— Heu... et bien, plus ou moins, oui.

De nouveau les carnets changent de mains, cette fois c'est au jeune homme de les soupeser.

— Je ne... oh ?

Sous les yeux de l'homme en noir, son carnet venait de disparaitre. Aucune lumière, aucun son, il était parti lorsque le jeune avait détourné ses yeux pour chercher une réaction sur le visage de son interlocuteur.

—Et bien, heu... tant pis, fit le jeune homme.

L'homme en face le regarda avec un drôle de sourire amusé et perplexe. Immédiatement, ils acceptèrent de se recontacter, il allait faire des demandes auprès de la structure où il travaillait et avec un peu de chance débloquerait des fonds pour commencer des études. L'homme offrit sa carte où figurait Charles Vailles et son numéro. Ils se serrèrent la main et un rendez-vous fut convenu la semaine prochaine.

L'étudiant rentra à pieds chez lui, il souriait tout seul comme à son habitude et discutait avec lui-même. Il avait beau avoir lu le début de ce carnet, il n'en savait pas pour autant son futur. Une voix s'éleva à l'intérieur de son crâne pour lui reprocher son manque de curiosité et une autre le félicita. Un débat s'installa un instant, mais ce fut le parti pour le futur inconnu qui l'importa. Il n'avait pas besoin de connaître son futur, mais il aurait voulu le connaître certainement.

Pendant ce temps, le centre-ville commençait à s'éveiller, la pluie avait finalement lavée le grisâtre. Le jeune homme n'en était pas forcément content mais il accueillit la douceur du soleil avec un sourire. Les sans-abris faisaient la manche, les étudiants rejoignaient leurs écoles, il pouvait sentir leurs regards sur son visage. Il n’accéléra pas la cadence malgré tout, c'était un élément de sa vie avec lequel il avait apprit à vivre. Il sorti un stylo de sa poche et tout en marchant, ouvrit les fenêtres du monde en grand. Le monde se reflétait devant, au dessus, en bas et sur les côtés, sans bouger les yeux. 

Une pierre se lance toute seule à travers un drap, la brume descend du bleu du ciel, le ballon de baudruche se gonfle sous la pression atmosphérique inverse, le stylo est dans sa main et le stylo est dans sa poche. Le jeune homme vient de remonter dans le temps encore une fois, depuis son expérience il s'est entraîné mais il ne voit toujours pas l'utilité de pouvoir faire ça. Peut-être que ça n'en a pas.

L'étudiant monte les marches jusqu'à son appartement, le chaos s'y est de nouveau installé depuis. Il prend une grande inspiration d'air vicié et se laisse tomber sur son lit. Il se relève, s'allume une cigarette et tousse. Il n'y a plus qu'à attendre.

Quelques semaines plus tard, Charles le recontacte, il n'a pas put obtenir les fonds et il doit abandonner ses projets, pour autant les deux continuent de se voir. La progression du jeune homme n'est pas linéaire mais il finit par pouvoir aller de plus en plus loin dans le temps. Pourtant la capacité du jeune homme ne lui permet pas non plus de changer son histoire, il revit des évènements proches et la conclusion reste la même.

Deux ans après le premier rendez-vous, sa licence en poche le jeune homme rentre chez lui. Il fait nuit et il rentre de chez sa copine.

Deux ans après, il obtient son master, cette fois il est seul. Il se rappelle qu'il a un rendez-vous et il doit se préparer. Il se couche, la nuit est calme, après ce voyage il ne sait pas ce qu'il devra faire. Il ne sait pas si il trouvera un boulot ou des amis. Depuis que sa copine l'a quitté il est seul tous les soirs et il pense aux noms qu'il ne peut pas appeler. Finalement, il s'endort.

Il n'a pas de voiture, alors il a marché. La journée est visqueuse, le gris graisseux colle à la peau et il ne fait pas encore chaud. Au fond de la rue, entre une boutique de vêtements et un tabac, se perd la librairie sans porte et sans enseigne. Le jeune homme regarde autour, le magasin ne s’embarrasse pas de vendeur et pas de lumières ou de fenêtres non plus. Une odeur froide et caverneuse se cramponne de toutes ses forces à l'endroit malgré l'air qui souffle à travers la devanture béante. Il fouille un instant à travers les piles effondrées de livres fanés et ne prend rien, il dépose seulement un livre carmin tâché d'humidité et sort.

Il consulte son portable, il lui reste bien assez de temps pour être en retard.

mardi 2 juillet 2019

Réécriture, Lettres de mon Moulin

Bonjour, je vous présente aujourd'hui une réécriture d'une partie des Lettres de mon Moulin par Alphonse Daudet mais avec mon style. Cela peut paraitre prétentieux de réécrire sans ajouter de soi, mais il faut juste voir cela comme une adaptation moderne d'un ancien style avec une histoire toujours merveilleuse.

Vous trouverez L'Installation, le texte original ici : https://www.gutenberg.org/ebooks/36780

***

Les lapins étonnés se regardaient entre eux et tapaient de la patte. La porte fermée, les murs tapis de couleur vert-temps et les marches embarbées d'herbes, avaient laissés croire aux longues oreilles que les meuniers étaient un métier perdu, issu d'un pays lointain de conte. Ainsi, ils s'étaient permis d'utiliser l'enceinte pour y bâtir leur civilisation secrète, leur lieu de repli, de repos, de rêve et de guerre : le moulin de Jemmape aux lapins.

La nuit de mon arrivée, une vingtaine, au moins, de leurs yeux avides de lumière m'observèrent. Le nez en l'air, ils s'étaient réunis pour s'abreuver des rayons de la lune et réchauffer leurs fourrures brune sous les opales du ciel endormi. A peine un bruit, une fenêtre ouverte, et frrt ! Plus rien, plus là, comme si jamais là n'avait été rien, si ce n'est les petites boules blanches et molletonneuses attachées à un derrière courant à toute vitesse.

"J'espère qu'ils reviendront."

Un autre des locataires me salua plus tard avec surprise, un vieil individus sinistre, pensif, qui habitait le moulin depuis vingt ans déjà. En montant dans la chambre du haut, je l'ai trouvé immobile et droit, au milieu d'une pièce qui avait oublié comment tenir son rôle et commencé à s'effondrer.
Son œil rond palpa ma silhouette inconnue et tout étonné de ne pas me reconnaître, il se mit à faire un "hou hou !" et à secouer ses ailes couvertes de cette poussière d'oublie.

Vraiment, ces hiboux pensent trop à tout et pas assez à se brosser les plumes. En tout cas, ce locataire un poil taiseux, renfrogné, me plaît bien et en souriant je lui renouvelle son bail pour une durée indéterminé. Pour tout le temps qu'il voudra bien rester en tout cas.
Je lui promet qu'il pourra garder sa chambre et tout le premier étage, quant à moi je me réserve la place du bas. Cette pièce blanchie et voûtée par l'âge ou bien par une sorte d'humilité croyante.


Voilà, c'est de là que je vous écris, la porte ouverte au rassurant soleil.

mercredi 19 juin 2019

Zéphyr et Goliath

Bonjour, ce texte est une petite fanfiction reprenant l'univers et les personnages d'un ami. Vous pourrez le retrouver ici : https://twitter.com/sageshiro

***

Zéphyr ouvrit son carnet de cuir noir et en tapota les feuilles blanches, aujourd'hui il comptait dessiner. Il était parti dès l'aube pour aérer ses cauchemars et avait presque réussit à les semer en marchant dans la montagne jusqu'à ce banc embrasser de lierre rampant. Il s'y installa et essaya de trouver une position appréciable pendant cinq minutes avant d'abandonner. Le banc en réalité était plus une grosse brique de pierre que un objet de confort.

Dans un premier temps, il se mit à regarder l'azur et les nuages qui ne lui inspirèrent rien. Puis il observa la vue, une forêt millénaire émeraude respirait lentement en dessous du mont rocheux, son dos s'étendait à l'horizon. C'était beau, mais il ne savait pas comment représenter cette force naturelle correctement. Alors, le dragon regarda les mains et les jambes, son corps humains imposés par le collier qu'il portait au cou. Il allait dessiner ses mains. Une quinzaine de minutes plus tard, il posa son crayon et cacha son visage. Rien de ce qu'il n'avait fait ne ressemblait de près ou de loin à quoi que ce soit. Se détendre par le dessin était plus dur que prévu. Qui l'eut cru ?

Avant d'abandonner, le petit roi se mit à réfléchir à des visages qu'il pourrait coucher sur papier. Ses frères ? Sa sœur ? Non. Il ne se voyait pas dessiner ses cadets, il ne se voyait déjà pas leur parler, alors les gribouiller. Ce serait trop embarrassant. Non, il allait se rabattre sur... Goliath. Une apparence beaucoup plus familière pour lui.

Dans un premier temps, il commença à imaginer son compagnon dans son ensemble. Si Zéphyr n'était pas bien grand, un mètre cinquante plus ou moins, son ami lui était imposant. Il avait les épaules larges et les bras emplis d'une force qui se voyait à l’œil nu. Son visage en contraste, exprimait une grande douceur et un optimisme débordant pour la vie et les gens.

Il commença ainsi à dessiner un premier visage, puis un deuxième, aucun d'eux n'étaient très bons alors il persévéra. Plusieurs heures passèrent avant qu'il ne soit satisfait satisfait d'un portrait, et qu'il ne se rende compte que sa nuque et son dos le faisaient souffrir. Il palpa le papier couvert de son ami, et quelque chose se fraya un chemin dans son esprit et se fit se serrer son cœur. Une révélation réprouvée tentait de s'envoler en autant de papillons dans son ventre, qui finirent pas trouver un chemin à travers les lèves closes. Ces dernières prononcèrent un seul mot, de deux syllabes, un nom.

Dans une tentative inutile d'échapper à ce qu'il venait de dire, Zéphyr cacha son visage et soupira longuement. Son esprit fit mille péripéties pour y échapper mais n'y échappa pas. Il se rendait bien compte, qu'un sentiment bien précis l'avait prit en prononçant le nom de Goliath.

Il se leva en silence et se décida à rentrer au camp, d'un geste il arracha l'anneau à son cou et ses ailes battirent la poussière dans le sillage de son bond. En quelques secondes, il avait reprit sa forme draconique et planait maintenant au dessus de la forêt. Il se posa à une centaines de mètres du camp où ils s'étaient installés et se retransforma. Il avait laissé une bonne distance entre le camp et son lieu d’atterrissage pour prendre le temps de se calmer.

D'accord, peut-être qu'il pensait des choses à propos de Goliath parfois, mais c'était naturel après avoir fréquenté quelqu'un pendant assez longtemps. C'était quelque chose qui venait naturellement avec l'affection et l'amitié...

Non.

Non, ce n'était pas vrai, non. Et cela lui mit le rouge au visage. De nouveau, cette sensation chaude s'invita dans son ventre et sa poitrine, son cœur s'affolait et des fourmis crépitaient au bout de ses doigts.

-Ah, Zéphyr ! s'écria Goliath en l'apercevant.

Ce dernier faisait de grands signes à son ami en souriant. Il ne l'avait pas vu depuis la nuit dernière avant de se coucher et même si il avait bien lu la note de son compagnon, il s'inquiétait légèrement.

-Ah... ouais, je suis là.

-Tu vas bien ? Tu as l'air un peu... enfin...

-Moi ? Non ! Non, je vais bien.

Le dragon se détourna de son ami chevalier et se mit à ranger ses affaires. Pendant toute la conversation il avait eu beaucoup de peine à réprimer son sourire et son envie de se laisser tomber sur Goliath. C'était bien sûr, quelque chose que sa fierté ne lui permettrait jamais de faire, mais il lui était tentant de prétendre trébucher pour que Goliath le rattrape dans ses bras.

-Je vais très très bien même. Bon, on a encore de la route.

-Heu... oui, mais attends moi, s'il te plaît.

-C'est pas ma faute si tu traînes, quand même ?

Ce jour là, Zéphyr ne tenta pas du tout de flirter avec Goliath, comme il lui arrivait parfois, ou même de lui parler, et à chaque fois ses yeux évitèrent ce visage qu'il connaissait pourtant parfaitement. Toute la journée durant, le chevalier se demanda si il avait fait quelque chose pour énerver son ami ou si il avait peut-être juste besoin d'être seul un moment, tout en espérant très fort qu'il ne s'agissait que de la seconde option. Il aimait beaucoup son compagnon et il lui arrivait de plus en plus souvent de se sentir comme privé d'une partie de lui-même quand Zéphyr n'était pas à ses côtés. Mais cette pensée, il ne l'admettait qu'en rougissant et il ne la ressassait que quand il était tout seul, ou dans sa couche lorsqu'il tentait de dormir. Il ne voulait pas présumer des petites phrases où Zéphyr le séduisait ostensiblement.

Le soir venu, Goliath eut des cauchemars et cette fois ce fut lui qui alla se promener dans la nuit. La mission qu'on lui avait confié pesait lourdement, mais depuis quelques temps il pensait peut-être pouvoir y arriver grâce à l'aide de son ami.

En rentrant au camp, un bruit attira son attention derrière-lui, il tourna la tête en arrière et ne put pas voir Zéphyr qui venait de sa droite.

-Hey, Goliath qu'est-ce qui... aaaah.

Le jeune roi venait de réellement trébucher sur une racine au sol et alors qu'il s'apprêtait à se rattraper tout seul, Goliath se précipita pour amortir sa chute. Zéphyr rencontra mollement, tête la première, la chemise de son compagnon. Avec beaucoup de calcul, il se laissa aller à prendre une bouffée de l'odeur douce de son ami et sentis la chaleur de ses mains sur ses épaules.

-Tu vas bien ? demanda Goliath, rouge.

-Heu... oui ? Oui, merci de m'avoir rattraper, fit Zéphyr le visage de la même couleur.

Les sensations avaient légèrement hébétés le dragon, qui était resté une seconde ou deux l'esprit dans une brume de bien-être, avant qu'il ne se remette à fonctionner normalement et que son cœur ne se remette à battre très fort.

-Heu... Goliath... si tu sais, tu as des cauchemars et que je peux faire quelque chose n'hésite pas à demander. Si tu le souhaites vraiment, je veux bien faire ce qu'il faut, même si ça ne me correspond pas. Par exemple, je pourrais dormir avec toi ? Je ne sais pas. Si ça peut aider. Tu veux bien ?

Depuis le début, le visage de Goliath était devenu un volcan d'émotions en éruptions et il venait d'exploser encore plus sur ces paroles. Sans savoir quoi répondre il bafouilla une explication avant de rentrer se coucher en courant.

-Je hjlbfljbdmdmd jxfkposhne.

Ce n'est qu'après une nuit blanche, que son visage retrouva enfin sa couleur normal. De même, Zéphyr ne dormit pas de la nuit et jeta parfois un coup d’œil à son carnet de croquis tout en se roulant sur sa couche et en se reprochant d'avoir proposé à Goliath de dormir avec lui. Il ne savait pas exactement comment son ami l'avait vraiment prit, mais il ne pouvait faire partir son immense gêne. Au final, il fallut presque toute une semaine, pour qu'ils puissent de nouveau se parler en face sans rougir.

lundi 17 juin 2019

Horaires de nuit

Un gaz à la toxine de tristesse se répand chez moi, je le respire. Je me brise d'un coup, alors que je me faisais du thé. Je me brise comme une petite chose fragile cachée sous une fourrure de mensonge, d'intimidation.

Le téléphone sonne.

Je ne contrôle plus ma respiration, je ne contrôle plus rien. Je suis à terre à genoux et je chute à travers les étages.

Mon cœur s'affole, je tombe à travers l'appartement du bruyant du bas, de la lycéenne qui habite seule du troisième, je chute à travers deux autres étages d'ombres aux visages vides que je ne connais pas. Je m'écrase violemment et je reviens.

Le téléphone sonne.

-Oui ?

-Il faudrait que tu viennes en fait y a...

Je viens. J'enfile ma veste, j'éteins tout, plus rien ne luis, pas même la musique. Dans mon appartement c'est silence noir. Le froid d'hiver empoisse tout avec de la nuit qui colle et dégouline. J'essuie mes larmes, je plisse mes yeux en pensant que ça aidera à ne pas voir.

Ma gorge est rauque, attaquée par l'heure tardive de décembre, il gèle. On me salue à plusieurs reprises, des débiteurs et des voisins. Le ciel me regarde, gris, il juge tout ces gens qui marchent, qui vont travailler à cet heure. Le ciel est nuageux et jaunâtre, mais il se permet de juger.

La clochette du bureau sonne quand j'entre.

Dling

Je lève la tête, à l'arrière les autres téléphonent. Je m'installe et me verse un café, le boss me fait un signe et j'approche.

-Faut que tu ailles voir à l'appartement de ce type sur l'avenue. Mik est pas revenu. Encore désolé pour ta nuit, je t'en dois une.

Je hoche la tête et avale le café froid. Le type qu'est allé voir Mik a une sacrée dette, je me doute qu'il ne doit pas être content.

L'avenue est à cinq minutes en bus, je descend. Mik aurait déjà dût être rentré si il y est parti il y a une heure. Je toque à la porte.

Elle s'ouvre. Toute seule.

-Mince...

Faute d'autres mots je me répète.

-MINCE MINCE MINCE...

jeudi 13 juin 2019

Conte d'Or

Très haut dans le ciel, il existait une boule de lumière pure aux multiples branches et bourgeons. Sa floraison offrait le spectacle de l'été et des graines et des pétales en tombait alors. Ceux-ci bénissaient notre monde de lumière vivante qui faisait germer d'autres arbres d'or. L'Or du ciel devenait ainsi notre or terrestre, ceux qui mangeaient alors les fruits d'Or devenaient autant de chatoiements, réminiscences de se grandeur. Les femmes, les hommes, les animaux portaient alors avec eux la lumière tiède.

Notre histoire était heureuse, nous profitions de la lumière d'Or et son regard nous protégeait. Un jour pourtant, un oiseau aux ailes brûlantes se présenta à nous, il était immense mais moins que Or.

-Ô, humain, toi qui travaille la terre et qui n'as rien. Es-tu heureux ?

-Oiseau aux ailes brûlantes, oui, je le suis.

-Ainsi, tu prétends pouvoir te satisfaire de cette vie sombre et froide ? Toi, qui n'a pas eu la chance d'avoir la bénédiction d'Or, ne souhaiterais-tu pas plus ?

-Ô, Oiseau aux brûlantes ailes, soit, tu dis vrai. Je souhaiterais plus pour ma fatigue. Ces grottes sont froides, mes enfants ont souvent faim et nous devons nous serrer fort l'hiver pour ne pas geler.

-Ainsi, humain, tu sais parler vrai, tu seras récompensé. Approche-toi de moi. Sens-tu cette chaleur ? Je t'en fais don. Nourris-la.

L'homme se pencha, et de plus en plus d'hommes et de femmes se penchèrent et tous reçurent le don du scintillement qui dévore. Ils se mirent à entretenir la lumière brûlante et lui donner une partie de leur nourriture, en échange ils avaient vaincus le froid. Les paysans et chasseurs commencèrent alors à se rassembler, bientôt le nord devint aussi un foyer pour eux, là où il n'y avait rien avant. Les communautés s'établirent, des lois se créèrent et des autorités s'érigèrent.

Enfin, l'Oiseau aux ailes brûlantes revint avec un terrible message.

-Ô, humains ! Vous êtes devenus plus grands, vous avez dépassés ce qui faisait ce que vous étiez. Donnez-moi les fruits et descendants de Or, brûlez la lumière froide et je vous apporterai la chaleur éternelle de mes ailes.

Ainsi, tous et toutes, les plus agiles et forts de cette communauté nouvelle se mirent en chasse. Ils arrachèrent les arbres vénérables d'Or et offrirent au bec avide, les animaux au sang chatoyant. Lentement, l'humus s'abreuva du tintillement tiède de ces vies perdues et au fil des étés et des hivers, lorsque que tout ce qui brille fut consumer, il ne resta plus que tout ce qui brûle. L'Oiseau qui était maintenu devenu brasier, alla percuter dans un fracas de lumière, Or. L'arbre et ses racines plantées dans l'obscurité se détachèrent en morceau de braises glacées. De l'intérieur en sortit un homme plus beau que tout ce que l'humanité eut jamais vu. Il était vêtu de nuit et de chasteté et se posa gracieusement sur la terre. Dans le ciel, l'Oiseau brûlant, lui, s'était lové sur lui-même et il entama alors son long sommeil satisfait.

Quant à Or, jamais il ne fut vu prononcer des mots, mais tous auraient voulu le comprendre. Pendant des milliers d'années, il se mit à marcher de long en large, parfois on le vit même à l'autre bout du monde à quelques jours d'intervalles seulement. Certainement, pendant tout ce temps, une mélancolie semblait parfois l'envahir, comme beaucoup l'ont décrit avant moi. Son mutisme et ses yeux toujours voilés par sa gaze d'obscur, ne pouvaient que laisser douter sur ce qu'il pensait vraiment, mais il voyait tout.

Il voyait que nous, les enfants de la nuit, qu'il aimait tant prospérions, ainsi il était heureux. Mais il comprit aussi que sa lumière tiède se désuait et comme tout inutile il disparaîtrait de nos cœurs. Ceci, je le pense, devait être ce qui lui donnait le plus de peine.

Néanmoins, son histoire perdure encore et si il ne réchauffe pas nos lits par sa chaleur, il adoucit la chanson de la vie par son éclat. Tant qu'il y aura des gens pour voir la beauté, Or continuera à nous en faire profiter.

dimanche 9 juin 2019

Diamond rain

The diamond rain was falling from the moon and as the world was basking in its wealth, two shadows fought in the sky. A crow of mythical proportions, of wings which made night fall, was blocking the path of the darkness in the deep. The ever hungry catfish, whose tail reached the edge of the world and beyond, was seeking to devour the glittering of the pale body, floating in the night.

Admiring this sight of once in a thousand years, Virgile threw is net in the bothered sea, the fishes flewing by dozen were catching themselves in his creels. Among this tide of greatest fortune, he caught fabled iridescents sharks, schools of cristal-eyed fishes, harlequins crabs and amber starfishes.

This happened every millennia, every thousand year the moon offered her glimmer to the sea. Making the rare varek blooms, the tides plentiful and the life of the sailors' children long and peaceful. For some it was a present from the moon to her betrothed, others thought this to be a love declaration from the lady in the sky, never to be accepted.

 As he was sailing back to the coast the fisherman kept thinking, reminiscing about his long and aging years. This moment, the glimmering tide, would never be reached again. It was time now. His body and soul were both weary, yes, he understood now. And this revelation flooded his heart with sweet melancholy. He took a long, hot, sip of coffee from his thermos and closed his eyes.

He was finally able to retire.

jeudi 30 mai 2019

La rose noire

Ce jour là, il faisait beau, des volutes de brouillards s'élevaient et dansaient avec les vagues. Notre navire lui aussi oscillait gaiement. Sa figure de proue indiquant la direction à suivre, sculptée dans un bois de chêne centenaire, représentait un monstre marin sensé nous protéger des dangers de la mer de ronce. Les six pattes de notre navire grouillaient particulièrement vite et évitaient soigneusement les interstices innombrables et changeants de cet immense amas d'épines en mouvement.

Tout allait pour le mieux, nous étions de bonne humeur et nous causions gaiement de ce que l'on ferait une fois rentrés à la maison. Bonny nous rabâchait sans cesse qu'il allait prendre sa retraite et s’occuper de ses enfants, la vérité c'est qu'il disait ça à chaque fois, mais l'appel de la mer était trop fort surement. Comme d'habitude nous on lui disait d'arrêter de nous esquinter les choux-fleurs avec son histoire, qu'on la connaissait déjà quoi. Pourtant, on avait apprit à l'aimer cette petite fable, en fait plus on l'entendait et plus on l'aimait, c'était réconfortable, elle nous donnait un drôle de sentiment de sécurité lié à un quotidien calme et un peu ennuyeux. Il avait déjà eu le temps de nous raconter sa légende trois fois aujourd'hui. Comment il allait acheter une toupie à son fils et une poupée à sa fille entre autre.

Puis, quand la pluie arriva, ce fut horrible. Quand il pleut de l'eau qu'est-ce que c'est ? C'est rien, ça fait du bien même, ça lave la crasse. On reconnaît un vrai marin à ça, vous le verrez jamais râler quand il flotte, souvent on est jouasse même. Sauf qu'à ce moment on souriait pas du tout, parce que ce qu'il nous tombait sur la mouille, c'était tout sauf une partie de rigolade. Il pleuvait des fils, des centaines de milliers, des millions même, de fils de soie, accompagnés de tout autant de petites araignées. Phénomène courant en soit, et inoffensif, on s'en est pas inquiété malgré tout nos râlements, puis on a levé les yeux, en fait même sans lever les yeux on l'aurait vu.

BROUUUUUUUUUUUUUUM

Une araignée dix fois plus grosse que le bateau s'écroula devant nous. Là, on a commencé à paniquer, pasque le mastodonte s'était mis à couler, en un rien de temps le truc avait été engloutie par la mer de ronce. L'araignée ne s'était pas remise sur ces pattes, elle coulait, elle était morte.
J'ai sentis mon cœur s'arrêter de battre, qu'est-ce qui pouvait être assez énorme pour être le tueur d'une bestiole comme ça ? Puis, on a entendu un grand cri, un hurlement, un déchirement, j'ai cru en devenir sourd, c'était insoutenable, ça a duré dix minutes, et je me suis évanoui, tous les gars se sont évanouis.

Quand on s'est réveillé, on avait perdu sept des nôtres, la figure de proue était une ruine et le mage d'épée était épuisé. Il est mort lui aussi, plus tard dans un autre combat, à bord d'un autre navire qu'il échoua à défendre ce coup ci. D'après ce que j'en ai compris personne en est sorti en vie, mais bon, c'est ça de naviguer sur la mer de ronce.

Pour le coup, on saura jamais ce qu'il s'était passé. Immédiatement après il changea de navire et je ne l'ai jamais recroisé, en plus sur le coup je ne m'étais pas particulièrement intéressé à ce qui avait faillit nous bouffer. Trop la trouille je suppose, pas envie de faire plus de cauchemars.
En vrai, à chaque fois qu'on allait prendre du repos un peu plus loin dans les terres, on nous demandait : "Pourquoi est-ce que vous êtes devenu marin ? Vous risquez votre vie à tout moment là-bas."
J'aurais put dire quoi ? Que partout on risquait sa vie ? Que en général tout se passait bien ? Non. Je répondais la seule chose sensée à dire : "C'est parce que la mer m'a appelé, voilà tout. Quelle autre raison ? L'appel de la mer, l'appel de la mer, y a pas besoin d'autre raison !". Et c'était vrai. Jusqu'à avant. 

Le lendemain de l'attaque, les enfants de Bonny reçurent le dernier cadeau de leur père, la rose noire. La rose qui fait pleurer les mères, le symbole de la veuve et de l'orphelin, le message de la mort. On dit d'ailleurs, que c'est la mort elle même qui la dépose devant la porte le lendemain même de la disparition d'un marin. C'est peut-être vrai puisque personne n'a jamais sut comment, qui ou quoi la déposait là. 

Finalement, après ça j'ai pris ma retraite, je me suis installé dans la maison de mes feux parents, j'ai offert une toupie et une poupée aux gosses de Bonny, et je continue de leur offrir des cadeaux, ça me fait plaisir. 
Tous les jours je regarde la mer, je tente de percer ses entrailles de mon regard, de voir quelles choses étranges et merveilleuses, fascinantes et monstrueuses, s'y cachent. Souvent je raconte mon histoire aux gosses du coin, pour leurs apprendre à respecter la mer, mais aux marins je préfère juste leurs demander si ils ont des enfants et leurs parler des miens, de mon quotidien calme et un peu ennuyeux.